Entre le 10 mars 2022 et le 30 janvier 2023, la France a accueilli plus de 100 000 réfugiés ukrainiens « dont 80 % de femmes » a indiqué le ministère de l’Intérieur le 22 février dernier lors d’un point presse un an jour pour jour après le déclenchement du conflit ukrainien par la Russie. Il s’agit là d’u plus grand mouvement de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Et pour la France, cet accueil massif de déplacés est « inédit » dans le « schéma » et les sommes investies, près d’un demi-milliard d’euros.
Le ministère de l’Intérieur précise que sur ces 490 millions d’euros, près de 220 millions d’euros ont été dépensés « au titre de l’allocation pour les bénéficiaires de la protection temporaire » accordée aux Ukrainiens. Près de 260 millions d’euros ont été aussi versés « au titre de l’hébergement » et 10,1 millions « au titre de l’accueil de jour et des transports ». L’hébergement qui représente plus de la moitié de la somme s’explique par la diversité des modes d’accueil : places d’hébergement d’urgence - 30 000 au pic de l’accueil entre mars et avril 2022 -, les hôtels et centres de vacances réquisitionnés ou les « sas » d’accueil disséminés un peu partout en France. Il est aussi à souligner que près de 30 000 réfugiés ukrainiens ont été accueillis par les Français chez eux. Depuis fin 2022, l’Etat a aidé ces quelques 900 foyers français en leur versant une aide financière « pour un montant de 786 285 euros » a indiqué le ministère du Logement.
L’Intérieur précise avoir délivré des « autorisations provisoires de séjour » (APS) à 87 928 Ukrainiens (hors enfants) entre le 10 mars 2022 et le 30 janvier 2023, soit près de 146 000 si l’on tient compte des renouvellements. Ces APS délivrées à titre provisoire pour une durée de six mois renouvelables permettent aux bénéficiaires de s’installer légalement en France sans avoir à demander le statut de réfugié. Ils ont aussi accès à un certain nombre de droits sociaux : accès au travail, aux services de santé, à la scolarisation des enfants, à l’hébergement d’urgence, à une aide au logement…
Alors que de plus en plus de Français s’inquiètent du coût direct et indirect de la guerre en Ukraine sur les finances du pays, le gouvernement tient à souligner qu’aujourd’hui les flux d’arrivées tendent à fortement diminuer et le nombre de retours à augmenter. Si en mars 2022, on ne comptabilisait pas moins de 1000 déplacés recensés au seul centre d’accueil de Paris, ils ne sont plus qu’une petite centaine aujourd’hui sur l’ensemble du territoire. Face à ce « reflux », le ministère de l’Intérieur admet que l’on est aujourd’hui « dans une logique de fermeture progressive » des centres d’accueil sans pour autant vouloir « les fermer trop vite dans l’hypothèse de mouvements secondaires ». Sur les 8 millions de réfugiés ukrainiens comptabilisés en Europe par l’agence des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR), avec 100 000 déplacés, la France n’en a accueilli qu’une toute petite part. ■
Une guerre qui pèse sur le porte-monnaie des Français
En son temps, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire avait assuré vouloir « provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Un peu plus d’un an après le début de « l’opération spéciale » russe en Ukraine, force est d’admettre que ce n’est pas vraiment le cas même si les effets des sanctions internationales ébranlent sérieusement l’ours russe. Par contre, pour les Français, les effets de la guerre se font bel et bien sentir avec une forte progression de l’inflation (1,2 % en juillet 2021 à 6,1 % en juillet 2022). « La guerre est intervenue dans un contexte où il y avait déjà des tensions mondiales sur les approvisionnements » remarque le chef du département Conjoncture de l’Insee, Julien Pouget. Si la reprise post-covid a fait flamber les prix, le conflit n’a fait qu’empirer les choses. La hausse des prix de l’énergie a provoqué des réactions en cascade sur l’ensemble des marchés. Partout les prix se sont envolés et sans le soutien des pouvoirs publics « la baisse de pouvoir d’achat entre fin 2021 et fin 2023 aurait pu atteindre près de 5 % dans le scénario le moins favorable » indiquait fin février l’OFCE.
Comme pour le covid, par peur d’une pénurie, les Français ont eu du mal à se raisonner et ont cédé à la panique en achetant convulsivement des produits dont ils n’avaient pas forcément besoin (« panic buying »). Une réaction qui a alors provoqué des ruptures d’approvisionnement pour certains produits avant de revenir à la normale. Mais il est certain que les habitudes de consommation des Français ont évolué avec des adaptations : changement d’enseignes, arbitrage sur les quantités et descente en gamme. Selon plusieurs experts, cette réorientation devrait tenir dans la durée. Selon l’Insee, ce sont le poste carburant (+16 % de hausse pour les produits pétroliers) et le poste alimentaire (+14,5 % en février 2023) qui pèsent le plus sur le porte-monnaie des Français. S’appuyant sur les données de la Banque de France, Europe 1 a estimé pour sa part la perte de pouvoir d’achat liée à la guerre en Ukraine à 1,2 point. « Concrètement, en prenant le revenu disponible moyen d’un ménage (quelque 3 100 euros mensuels), la guerre coûte donc entre 30 et 40 euros par foyer chaque mois. Sur l’année 2022, la facture atteint alors 450 euros par ménage » peut-on lire sur le site de la radio.
Reste que la résilience des Français est soulignée par beaucoup notamment dans le domaine de l’énergie. La baisse de la consommation a été nette et la « sobriété » forte. On peut toutefois se demander si c’est un choix raisonné des Français qui par solidarité ont baissé leur chauffage ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un choix économique contraint par les prix. Poser la question, c’est y répondre.