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Fresque sur la Shoah dans une chapelle : le combat du sénateur Raphaël Daubet

La chapelle de Maraden dans le Lot abrite une gigantesque fresque du peintre Miklos Bokor, rescapé d’Auschwitz. Un témoignage unique sur la Shoah aujourd’hui menacé par des infiltrations d’eau.

La commune de Martel dont le sénateur Raphaël Daubet (Parti radical) a été le maire compte sur son territoire une chapelle privée datant du XIIIème siècle. Dernier témoin du prieuré de Maradénou, la chapelle a été vendue comme bien national à la Révolution. En 1997, elle est rachetée par le peintre Miklos Bokor (1927 -2019). La succession du peintre étant ouverte et alors que la recherche des héritiers est en cours, la chapelle est aujourd’hui à la vente dans une agences immobilière locale.

Mais cette chapelle n’est pas une simple chapelle. Ses murs intérieurs recèlent un trésor : une fresque peinte par Miklos Bokor, un peintre d’origine hongroise autodidacte, rescapé de la Shoah.

Déporté en 1944 avec toute sa famille à Auschwitz avant d’être déplacé de camp en camp. Sa mère et son père meurt en déportation. Miklos Bokor échappera à la mort mais mettra du temps à se remettre. Des années plus tard, en 1996, alors qu’il séjourne dans le Lot du côté de Floréac, il tombe en arrêt devant la chapelle abandonnée de Maraden. « J’ai réussi à entrer, malgré les branches et les ronces. Et là, sur les murs, j’ai vu ce que je devais y peindre... Depuis, en fait, je ne suis qu’un peintre en bâtiment qui exécute la vision que j’ai eue ce jour-là » raconte-t-il au Monde. Achevée en 2000, sa fresque qui recouvre l’intégralité des murs de la chapelle raconte les horreurs des camps. Un œuvre unique et gigantesque dans une chapelle romane qui lui donne cette singularité, une dimension universelle et mémorielle.

Patrimoine exceptionnel, la chapelle classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques est aujourd’hui menacée par des infiltrations d’eau au niveau du toit de lauzes, les fresques avec. Comment sauver ce monument de mémoire ? « Un collectif s’est constitué autour de Charles Soubeyran [un écrivain régional reconnu, ndlr], pour pousser les pouvoirs publics à prendre en main le destin de ce lieu insensé, dont la portée est universelle. Malheureusement, la commune de Martel n’a pas les moyens de faire l’acquisition de ce bien » raconte à nos confrères de La Dépêche le sénateur Raphaël Daubet qui a pris à bras le corps la défense de la chapelle et de son œuvre. L’élu du Lot a écrit au président de la République, à l’Association des fils et filles des déportés juifs de France, à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Et si le succès escompté n’a pas été au rendez-vous, le combat est loin d’être fini, « la recherche des solutions doit se poursuivre » laisse entendre le sénateur loin d’être sans idées. Si pour Raphaël Daubet, « la chapelle et sa fresque historique doivent demeurer un sanctuaire » - elle n’a pas vocation à être ouverte au public au-delà des journées du patrimoine ou de visites exceptionnelles -, « une salle dédiée à Miklos Bokor pourrait facilement être créée, demain, dans le Musée de la Raymondie, pour projeter des images de la fresque inouïe qu’elle abrite » suggère-t-il. « Face à la poussée de l’antisémitisme qui déchire notre pays, face au retour terrifiant des guerres de religion ailleurs dans le monde, l’œuvre de Miklos Bokor, plus que jamais, doit devenir un symbole. La preuve tangible que notre terre historique du Lot porte elle aussi à jamais, dans sa chair, le tatouage funeste de la Shoah » finit par conclure dans La Dépêche le sénateur du Lot. 

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