“Complexité kafkaïenne, sous-financement chronique, insatisfaction des usagers et des personnels, multiplication des dérogations”, les raisons des défaillances constatées du secteur de la petite enfance sont mises en lumière dans le rapport de Sarah Tanzilli. Des difficultés que la rapporteure n’impute pas directement et seulement au secteur privé. « Les travaux ont démontré que les défaillances identifiées n’étaient pas la conséquence de l’ouverture du secteur des crèches au secteur privé ou de l’influence des fonds d’investissement » a toutefois rapidement précisé l’élue Renaissance. « C’est le modèle économique et les règles de fonctionnement des crèches qui ont contribué à établir un cercle vicieux de la défaillance » a-t-elle encore indiqué. Une prise de position critiquée par le vice-président LFI de la commission William Martinet qui a présenté le même jour un contre-rapport pointant « les dérives du business des crèches privées lucratives » et la manière dont les pouvoirs publics ont permis « cette marchandisation à marche forcée » du secteur de la petite enfance. Pour lui, il n’y a aucun doute sur « les effets néfastes des crèches privées lucratives : 93 % des 26 fermetures administratives de crèches ont eu lieu chez des gestionnaires privés lucratifs » note-t-il. La commission d’enquête avait été obtenue en novembre dernier par la France insoumise contre l’avis des groupes LR et RE à la suite de la publication en septembre 2023 de deux livres enquêtes « Le prix du berceau » et « Babyzness ».
Le rapport décrit donc un « cercle vicieux de la défaillance » qu’il explique en grande partie par le choix fait par les pouvoirs publics de privilégier le nombre de places par rapport à la qualité d’accueil, alors même, souligne Sarah Tanzilli, que « les neurosciences montrent que les 1 000 premiers jours de l’enfant sont déterminants dans son avenir ». Le financement tel qu’il est aujourd’hui tend à pousser les crèches à accueillir le plus d’enfants possible « avec comme corollaire une dégradation des conditions de travail des personnels les poussant parfois à quitter le métier ». « La qualité d’accueillir n’est pas la priorité du modèle économique actuel » ajoute la députée. Finalement, la conséquence est qu’il y a moins de berceaux de disponibles en France : faute de personnel, ce sont 10 000 places qui sont « gelées » déplore la rapporteure.
La députée Renaissance propose de ramener le taux d’encadrement à 1 adulte pour 5 enfants (1 pour 6 actuellement) d’ici 2027. Cet axe fort doit permettre aux professionnels d’exercer leur métier dans de bonnes conditions et permettre aussi d’attirer des vocations estime-t-elle. Attractivité toujours : sur le salaire, la député admet qu’il « faudra sans doute aller plus loin » que les récentes augmentations de 100 à 150 euros net par mois octroyées à certaines professionnelles. Autre piste avancée, celle de supprimer le mécanisme de réservation de berceaux par les employeurs, qui crée un « coupe-file » pour leurs employés. Elle suggère de donner le premier rôle à la commune qui doit devenir l’interlocuteur unique des parents, avec un « versement petit enfance » imposé aux employeurs. Pour mieux encadrer le secteur de la petite enfance, Sarah Tanzilli recommande de supprimer les formations en ligne et de mettre en place une carte professionnelle obligatoire pour exercer.
Alors que plus de 200 000 places d’accueil manquent aujourd’hui, avec ses propositions, la députée espère ainsi pourvoir apporter des « solutions fiables » aux familles qui souhaitent avoir des enfants. Une façon de répondre au « réarmement démographique » prôné par le chef de l’Etat ? ■
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Pour un service public de la petite enfance qui garantit un accueil de qualité dans nos crèches - Par Sarah Tanzilli, Députée du Rhône,13ème circonscription