Cette étude rendue publique le 14 mai dernier vient réajuster les estimations des retombées économiques réalisées lors de la phase de candidature en 2016 (8,1 milliards selon le scénario intermédiaire) (1). Elle ne concerne que Paris et l’Île-de-France qui concentre « une très large majorité des sites de compétition ainsi que la plupart des épreuves sportives » (il ne s’agit donc pas de l’impact économique national) précise le CDES, et couvre la totalité du cycle de vie de l’événement composé d’une phase de préparation (2018/2023), une phase de déroulement (2024) et une phase d’héritage (2025/2034), soit une période globale de 17 ans détaille le CDES. 84 % de l’impact se concentre sur la phase de préparation et de déroulement des Jeux olympiques, contre 16 % pour la phase d’héritage.
L’étude qui mesure « le surcroît d’activité par rapport à une situation où l’événement » n’aurait pas été organisé précise Christophe Lepetit, du CDES, établit trois scénarii (bas, intermédiaire et haut). Le scénario intermédiaire fait apparaître un impact économique de 9 milliards d’euros (valeur en euros courants) pour le territoire francilien sur la période 2018/2034. L’estimation basse est de 6,7 milliards quand l’estimation haute est de 11,1 milliards d’euros.
« Même si les Jeux sont destinés en priorité à faire rayonner le sport et les valeurs de l’olympisme, l’impact économique est un volet significatif » a ainsi tenu à rappeler en conférence de presse, Tony Estanguet, le président du Cojop (Comité d’organisation des jeux), conscient qu’il était attendu au tournant sur le sujet.
Cet impact économique est réparti au sein de trois grands secteurs : l’organisation des Jeux, c’est-à-dire les dépenses du Comité d’organisation pour livrer les Jeux ; l’impact lié au tourisme, c’est-à-dire les dépenses des visiteurs qui viendront en Île-de-France pour prendre part aux Jeux et celui lié aux constructions nécessaires aux Jeux (les investissements réalisés n’étant pas directement nécessaires aux Jeux ont été écartés).
Pour ce qui est de l’organisation qui compte pour 42 % de l’impact économique, le scénario médian des retombées économiques liées aux dépenses du comité d’organisation vont de 3,2 milliards pour le « scénario bas » à 4,6 milliards d’euros pour le « scénario haut » ; le « scénario médian » est de 3,8 milliards.
L’impact lié au tourisme est celui dont on parle beaucoup (30 % de l’impact global) et dont on attend sans doute le plus même s’il existe une forte marge d’incertitude qui dépend du nombre de touristes et de leur volonté de dépenser (Dans une étude réalisée sur Londres 2012 et Rio 2016, les touristes prenant part aux Jeux dépensaient en moyenne deux fois plus que des touristes habituels). Sur ce point, la ministre déléguée au tourisme, Olivia Grégoire présente lors de la présentation de l’étude s’est d’ores et déjà réjouie des 16 millions de visiteurs annoncés pour assister aux JO, dont 2 millions d’étrangers : « Seize millions, c’est près de sept fois la population de Paris, auxquels il faut ajouter les 4 milliards de téléspectateurs, soit la moitié de l’humanité » a lancé la ministre enthousiaste. Il faudra pourtant attendre un peu pour se réjouir totalement. Selon les chiffres du CDES, les retombées économiques « volet tourisme » sont estimées entre 1,4 et 3,6 milliards d’euros en prenant en compte l’inflation, et 1,2 à 3 milliards en euros constants. Tout dépend en grande partie du nombre de billets vendus. Le CDES table sur un taux minimum de 77 % de ventes de billets « commercialisables » pour les JO et de 62 % pour les jeux paralympiques. Le Cojop mise également beaucoup sur la « phase d’héritage » des jeux (2024-2035) pour les retombées économiques liées au tourisme qu’il estime très importantes « du fait d’une croissance potentielle du tourisme post-Jeux en Île-de-France ». Selon les scénarios, les chiffres vont de 201 millions à 1,2 milliard d’euros même si la prudence s’impose encore.
Enfin pour ce qui est des retombées économiques liées aux dépenses de construction et de rénovation « véritablement nécessaires aux Jeux » (stades, village olympique...), sans tenir compte de certaines dépenses moins directement liées aux JO (comme le Grand Paris Express), elles se situent entre 2,1 (« scénario bas ») et 3 milliards d’euros (« scénario haut »), avec un scénario intermédiaire chiffré à 2,5 milliards. Un impact qui concerne essentiellement la période 2018-2024.
Au final, ces chiffres ne sont pas vraiment la promesse de lendemains radieux et la culbute économique ne sera pas forcément au rendez-vous mais l’a-t-elle d’ailleurs déjà été ? Et que dire de la rentabilité de ces jeux, c’est-à-dire le ratio entre le coût et les retombées économiques ? Sur ce point, une nouvelle étude distincte sera nécessaire a indiqué Christophe Lepetit. De son côté, Sylvain Bersinger du cabinet Asterès, souligne dans une étude publiée en mars (2) que « comme tous les événements sportifs, les Jeux olympiques ont un impact économique négligeable : les pro-JO mettent en avant les retombées économiques tandis que les détracteurs pointent le coût ». Le chercheur note toutefois que le coût d’organisation des Jeux de Paris (estimé par Asterès à 11,8 milliards d’euros) semble nettement inférieur à celui de la plupart des éditions passées, notamment lorsque l’on prend en compte l’évolution des prix dans le temps et la hausse du nombre d’épreuves. « Les Jeux de Paris devraient être les troisièmes les moins chers depuis 1988 après Atlanta et Sydney ». C’était aussi à relever. ■
1. Pour cette étude de mai 2024, iI a été tenu compte de facteurs comme l’inflation, la crise sanitaire et la guerre en Ukraine.
2. Paris 2024 : un coût limité en comparaison des jeux précédents - Sylvain Bersinger – Chef économiste, Asterès, 1 mars 2024