Depuis 2018, 122 projets ont été annoncés dans ce cadre, pour 32 Mde d’investissements et 58 000 emplois créés ou maintenus. Ces promesses sont pour l’essentiel concentrées en 2023 et en 2024 (respectivement 13 et 15 milliards), réalisables pour certaines jusqu’en 2030. Un beau succès donc, bien que ces chiffres officiels restent nettement plus modestes que ceux communiqués par Business France, ou la Présidence de la République (avec entre autres 308 000 emplois depuis 2017).
Un tel exercice de communication ne peut être complètement rigoureux, tant il est difficile d’identifier par avance tous les investisseurs potentiels et l’état de maturation de leurs décisions. Néanmoins, après 7 éditions, les annonces commencent à pouvoir être confrontées aux résultats.
Choose France ne recense qu’une partie de la réalité dont la Comptabilité Nationale donne une vue plus complète : en incluant 2023 et 2024, les projets annoncés totalisaient près de 20 % des 160 Mde d’investissements directs étrangers (IDE) recensés par l’Insee et 1,5 % des 2 400 Mde d’investissements des entreprises en France au cours des 7 dernières années connues.
D’un autre côté, Choose France n’inclut que les flux d’IDE entrants. Les réductions de capacités, fermetures de sites ou suppressions d’emplois ne sont donc pas déduites (l’Usine Nouvelle en recense certaines). Même si elles peuvent provenir de difficultés propres à certaines firmes, les inclure donnerait une idée plus réaliste de l’attractivité de la France. D’autre part, l’étranger reste attractif pour les entreprises françaises : le bilan annuel de l’Insee montre que si les trois dernières années étaient proches de l’équilibre, avec un « déficit » d’IDE tutoyant ses plus bas historiques, depuis 2000 les sorties d’IDE excèdent toujours les entrées (sauf en 2013).
L’indicateur Choose France est délicat à interpréter : sa forte hausse peut refléter une attractivité accrue, une hausse générale de l’investissement ou simplement un meilleur recensement des projets. D’autant que le concept d’investissement utilisé agrège les implantations nouvelles, les hausses de capacités, mais aussi le renouvellement, la modernisation ou la mise en conformité de l’outil de production (par ex. avec des normes environnementales qui se durcissent), voire des dépenses incorporant plus de consommations intermédiaires que d’investissements (R&D). Et il faut considérer que certaines annonces incluent sans doute des dépenses qui auraient eu lieu de toutes façons.
Les créations d’emplois annoncées sont peu nombreuses en regard du montant des projets bien que l’on ne déduise d’éventuelles suppressions d’emplois par les firmes étrangères, et que la majeure partie soient des emplois « maintenus ». Un concept ad-hoc qui nécessite des hypothèses fortes quant à ce qu’aurait été la « situation de référence » à laquelle on se compare.
La question des emplois amène celle de la valeur ajoutée qui sera créée en France, engendrant les effets multiplicateurs espérés, et des ressources fiscales et sociales. En effet un nombre croissant d’IDE donne lieu à l’exportation de la valeur ajoutée produite vers des pays à fiscalité accommodante. Or si les investissements étrangers bénéficient des infrastructures et services publics financés par les contribuables, leur intérêt ultime vient de ce qu’ils rapportent des revenus au pays. C’est en particulier le cas des investissements qui bénéficieraient de fortes subventions (Crédit Impôt Recherche) d’une énergie décarbonée et peu coûteuse, etc. financées par la collectivité.
Vingt ans après avoir désindustrialisé la France sur la base du concept fumeux d’’entreprise sans usines, il faut se réjouir des investissement nouveaux, mais aussi se prémunir contre le risque de voir revenir des usines sans entreprise, sans emploi, sans salaires, ni valeur ajoutée, tout en bénéficiant directement ou indirectement de financements publics. ■
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