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“Faire de l’Île-de-France la première Région scientifique et technologique d’Europe”

Entretien avec Othman Nasrou, vice-président de la région Île-de-France, chargé de la Jeunesse, de la Promesse républicaine, de l’Orientation et de l’insertion professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

En matière de recherche et d’innovation, quelle est l’ambition de la Région Île-de-France ?

« Faire de l’Île-de-France la première Région scientifique et technologique d’Europe » voilà résumée de façon assez simple mais efficace la philosophie qui anime la région en matière de recherche et d’innovation. Cette stratégie est formalisée par un document à l’acronyme un peu barbare le SRESRI, schéma régional d’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation, que l’on a voté fin 2022.

La Région Île-de-France est sans aucun doute l’une des plus dynamiques au monde en matière de recherche et d’innovation ; elle représente même 40 % de la recherche française. En allant bien au-delà de nos compétences régionales, preuve que nous voulons faire encore plus et mieux sur le sujet, notre objectif est extrêmement simple : il est de conforter notre place et de progresser dans un paysage de la recherche et innovation extrêmement compétitif et concurrentiel fait de captation des talents, de captation des meilleurs chercheurs étrangers, d’investissements de plus en plus lourds… Il faut bien voir que derrière tout cela, au-delà de la recherche et de l’innovation pures, se joue le maintien de l’emploi et des parts de marché dans de nombreux domaines.

Quels sont les domaines de recherche et d’innovation prioritaires (DIM) choisis par la Région pour la période 2022-2026 ?

En coopération avec le conseil scientifique régional (CSR), neuf grandes verticales ont été identifiées pour la période 2022-2026 (Intelligence artificielle, neuroscience, développement durable, astronomie, immunothérapie…) Ces Domaines de recherche et d’Innovation Majeurs (DIM) ainsi ciblés permettent de mettre l’accent sur la dimension innovation de tout un réseau (d’universités, d’établissements d’enseignement supérieur, de laboratoires de recherche et d’entreprises) à l’échelle de la Région.

Pour cette période 2022-2026, les neuf DIM labellisés le sont autour de quatre enjeux et défis :

• La santé : 4 DIM (BioConvS, C-Brains, DOH 2.0, Itac),

• L’environnement : 2 DIM (Origines, MaTeRre),

• Le numérique : 2 DIM (AI4IDF, QuanTIP),

• Le patrimoine : 1 DIM (PAMIR).

La Région consacre à ces neuf DIM une enveloppe de 110 millions d’euros. C’est colossal et c’est inscrit dans la durée, sur cinq ans (2022-2026). Les laboratoires intégrés aux DIM ont été labellisés l’an dernier. En moyenne, c’est une vingtaine de millions d’euros par programme de recherche. Entre 2017 et 2021, 13 Domaines d’intérêt majeur (DIM) avaient alors bénéficié de 110 millions d’euros pour mener leurs recherches.

Quels sont les autres outils de la région pour aider la recherche et l’innovation ?

Ces neuf DIM ne résument pas à eux seuls l’action de la Région. Après les DIM, la région a un dispositif plus léger intitulé « les Questions d’Intérêt Majeur » avec des enveloppes avoisinant 1 million, 1,5 million d’euros. La Région pose une question en lien avec le contexte régional à la communauté scientifique qui y répond. Récemment nous avons posé la question de la santé mentale pendant le COVID, là nous voulons aller encore plus loin, avec des enquêtes de type baromètre mais aussi des préconisations et des contenus adaptés pour développer notamment la prévention partout où nous pouvons agir. Les questions, deux à trois par an, sont choisies par la Région avec l’avis du conseil régional et scientifique avec la volonté d’avoir un impact sur les politiques publiques régionales (alimentation durable, handicap, …).

La région finance aussi les équipements scientifiques avec son dispositif « Sésame ». C’est une aide particulièrement appréciée par les chercheurs. L’outillage scientifique est souvent le parent pauvre de la recherche parce qu’il demande un financement très important. L’enveloppe dédiée se monte à 3 millions par an. Cela permet aux laboratoires et instituts de recherche de disposer des meilleurs matériels. Sur l’exercice précédent, on en a financé 600 !

La région finance aussi des thèses de doctorat.

Finalement, nous essayons d’aller, là où il y a des « trous dans la raquette ».

Comment voyez-vous la synergie entre la recherche et l’industrie ?

Nous menons et militons pour une politique de décloisonnement entre les laboratoires et les entreprises mais aussi entre les laboratoires et les startups. Nous ne sommes absolument pas dans une démarche de cloisonnement, le monde de la recherche d’un côté, le monde de l’entreprise de l’autre. Bien au contraire !

Cette synergie s’exprime aussi à travers notre agence de l’attractivité, Choose Paris France qui accueille aussi bien les entreprises qui veulent s’installer en région pour créer de l’emploi que les laboratoires qui veulent s’agrandir. Il y a en Île-de-France, une dimension croisée entre l’économie, la recherche, l’enseignement supérieur, l’innovation. Notre ambition est de faire en sorte que tous ces acteurs travaillent de concert.

Comment évaluez-vous l’efficacité de votre « investissement » ?

Nous avons une approche de l’évaluation des politique publiques propre à la région. Le vice-président en charge des finances est également celui en charge de l’évaluation des politiques publiques. Nous avons également une inspection générale qui anime l’évaluation et fournir des travaux d’évaluation sur tel ou tel dispositif. Au-delà de ce cadre général, dès qu’il y a plus de 10 millions d’euros engagés dans un projet, il y a systématiquement une évaluation. Après dans le domaine de la recherche, cela va encore plus loin que d’autres politiques publiques. Tout projet financé est toujours sélectionné sous la conduite d’un membre du conseil scientifique régional. Ses avis sont suivis systématiquement. Nous ne finançons pas un projet qui n’est pas pertinent sur le plan scientifique. Une évaluation par les chercheurs eux-mêmes est déjà en matière d’évaluation la meilleure des garanties. Il y a également d’autres indicateurs assez précis comme le nombre de publications dans les grandes revues de recherche. On a un vrai recul sur la question même si bien évidemment les retombées ne sont pas toujours immédiates ou même à court terme.

Sur les DIM précédents, je peux vous donner quelques chiffres : 2200 projets différents soutenus, 200 partenaires économiques, 568 projets développés avec des PMI. C’est aussi une cinquantaine de brevets déposés issus de ces DIM, une vingtaine de licences, 14 projets avec des SATT (Société d’Accélération des Transferts de Technologie) dont 3 sont présentes en Île-de-France.

Un mot pour finir sur le conseil scientifique régional.

Notre conseil scientifique et régional est un outil extrêmement précieux. Actuellement présidée par Philippe Gillet, géophysicien et géologue, cette instance réunit 20 chercheuses et chercheurs de plusieurs disciplines : physique, chimie, mathématiques, sciences de la vie, économie, philosophie, arts... Choisis pour leurs parcours scientifiques d’exception et leur expérience internationale, ces derniers portent un regard pluridisciplinaire sur l’ensemble des domaines de l’action régionale présentant une dimension scientifique ou technologique. Ce conseil nous permet d’être vraiment en lien avec la communauté scientifique en plus des liens déjà étroits que nous entretenons avec les laboratoires, les instituts de recherche et les universités. Il y a sans nul doute en région Île-de-France, un dialogue vraiment constant et de confiance entre tous les acteurs.

C’est peut-être aussi pour notre agilité, notre réactivité et notre capacité à nous adapter que notre action est unanimement saluée par les chercheurs. 

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