Déjà mercredi 26 juin, à seulement quatre jours du premier tour des élections législatives, le conseil des ministres entérinait la nomination de 30 hauts fonctionnaires. Les mesures individuelles sur proposition de différents ministres concernaient des postes de recteurs, de directeurs d’ARS, de magistrats, d’officiers généraux notamment. Qu’allait-il se passer lors du conseil des ministres du 3 juillet ? Prenant plaisir à contredire Marine Le Pen qui avait annoncé des dizaines de nouvelles nominations, Prisca Thévenot, la porte-parole du gouvernement a indiqué « moins d’une dizaine de nominations » avaient été actées, « rien de spécifique » par rapport à d’habitude. « Qu’il y ait des nominations pendant le conseil des ministres, ce n’est pas nouveau. Visiblement, elle [Marine Le Pen] s’en inquiète aujourd’hui. Ça se passe à chacun des conseils et aussi, précisément, à la veille de la période estivale pour préparer la rentrée qui s’annonce, comme chaque année » a-t-elle lancé en conférence de presse à l’issue du conseil des ministres.
Si la période en ouverture d’été est propice à de grands mouvements, les dernières nominations sont loin d’être en contradiction avec ce qu’il se passe d’ordinaire. Sauf que cette fois-ci le contexte politique est particulier avec des élections anticipées qui viennent percuter le calendrier des nominations et qui peuvent alors laisser planer un doute sur les choix opérés. Sans aucunement remettre en cause le profil et la compétence des promus, le timing de ces nominations interroge toutefois. « Il y a eu énormément de nominations qui ont été faites, bien plus que lors d’un Conseil des ministres traditionnel » n’a d’ailleurs pas manqué de faire remarquer Marine Le Pen aux micros de France Inter pointant « un coup d’état administratif ».
Que faut-il voir dans ce choix de procéder à de nouvelles nominations sans observer comme cela aurait pu s’imaginer une période de réserve ? Certains observateurs y ont vu une forme de panique avant une cohabitation qui s’annonce délicate, d’autres, la ferme volonté du chef de l’Etat d’affirmer son autorité régalienne. Les nominations d’un nouveau chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, du gouverneur militaire de Paris ou du commandant suprême allié pour la transformation à l’OTAN ne pourraient-elles pas être la marque d’autorité du « chef des armées » ? Autre piste avancée, l’idée de placer des personnes dévouées à des postes clés qui pourront à leur place tempérer les velléités d’un gouvernement de cohabitation. Ces nominations n’échappent pas non plus au placement et/ou recasage de quelques-uns comme celui de l’ancien ministre Olivier Klein bombardé recteur de l’académie de Strasbourg. Que penser également de la nomination du recteur de la région académique Centre-Val-de-Loire ? Jean-Philippe Agresti n’est autre que le mari de l’ex-secrétaire d’Etat chargée de la ville et de la citoyenneté Sabrina Agresti-Roubache candidate malheureuse à la députation à Marseille contrainte de se retirer pour faire barrage au RN.
Pour Marine Le Pen, « l’objectif » de ces nominations faites dans la précipitation est « d’empêcher Jordan Bardella de gouverner le pays comme il le souhaite » s’il était appelé à Matignon imagine-t-elle.
Pour autant, il ne faut sans doute pas voir si loin. Comme l’a rappelé l’ancien ministre délégué aux Transports. Clément Beaune a reproché à Marine Le Pen « de mentir aux Français, soit de ne pas connaître la Constitution (...) ou peut-être un mélange des deux » lui reprochant même une « forme de complotisme ». « Les préfets et les ambassadeurs sont changés régulièrement sur proposition du Premier ministre et validation du président de la République. C’est ça la Constitution. Ce sera pareil demain avec un autre gouvernement » a-t-il conclu, agacé.
De son côté, l’Elysée rappelle très tranquillement que « l’article 13 de notre loi fondamentale indique que le chef de l’État nomme aux emplois civils et militaires tels les préfets lors du conseil des ministres qu’il préside ». « Il y a depuis 66 ans chaque semaine des nominations et des mouvements, notamment l’été, indépendamment des moments politiques traversés par nos institutions, et il n’est aucunement prévu qu’une de ces dispositions puisse changer dans les prochains mois » ajoute l’Elysée en guise d’avertissement tout en demandant à Mme Le Pen de « garder son sang-froid ». ■