La chasse aux automobilistes à Paris se poursuit avec la dernière idée d’Anne Hidalgo. Dans un entretien à Ouest France publié au cœur de l’été, la maire de Paris déclarait vouloir abaisser en octobre la vitesse autorisée sur le périphérique parisien à 50 km/h contre 70 aujourd’hui. Pour Anne Hidalgo, cette mesure est une question « de santé publique pour les 500 000 personnes qui vivent à ses abords ». Cette réduction de la vitesse permettrait, juge-t-elle dans l’article, de réduire les nuisances sonores et la pollution atmosphérique. Sauf qu’aucune étude ne vient corroborer cette analyse. Et les expérimentations françaises tendent même à démontrer le contraire. Après Paris en 2013 qui a réduit la vitesse à 70 km/h sur son périphérique, Nantes (2013), Lille (2019), Rennes a décidé à son tour en 2015 d’abaisser la vitesse de 20 km/h sur deux tronçons dont l’un était à 110 km/h et l’autre à 90 km/h, les passant respectivement à 90 et 70 km/h. Un an plus tard, le préfet d’Ille-et-Vilaine, la mairie de Rennes et la métropole choisissaient finalement de mettre fin à l’expérimentation sur la rocade à 70 km/h, faute de résultats probants. Selon les analyses menées par AirBreizh, là où la vitesses était passée de 110 km/h à 90 km/h (Rocade nord), la pollution avait bien diminué. A l’inverse, dans le secteur de la Rocade ouest passé de 90 km/h à 70 km/h, le compte n’y est pas : la pollution de l’air et la pollution sonore n’ont pas baissé. Il n’y a pas eu non plus d’effets sur l’accidentologie et le trafic était même plus encombré. Conséquence, en 2016, soit un an seulement après le début de l’expérimentation, le préfet prenait la décision de passer l’ensemble de la rocade à 90 km/h.
Le choix arbitraire d’Anne Hidalgo n’est pas non plus sans poser une question d’ordre juridique. Qui du préfet de police de Paris, de l’Etat ou de la maire décide de la vitesse sur le périphérique ? Pour Emmanuel Grégoire, adjoint à la ville de Paris, la responsabilité en incombe au maire puisqu’elle peut, « dans le cadre de ses pouvoirs de police, diminuer la vitesse au motif de la sécurité ou de l’environnement ». De son côté, le gouvernement estime que « sur des décisions comme ça, il faut une validation de l’État » déclarait déjà fin 2023 Clément Beaune alors ministre des Transports. Si le périphérique est une voie communale – compétence ville de Paris, c’est aussi un « axe d’intérêt national » qui nécessite un droit de regard de la préfecture de police et de l’Etat.
L’opposition à Anne Hidalgo ne veut pas non plus de cette mesure qui tend à stigmatiser une nouvelle fois les gens qui prennent leur voiture. « Une fois de plus, on pénalise les Franciliens qui travaillent tard ou qui se lèvent tôt parce qu’ils viennent de loin » déclarait au Figaro la présidente de la Région, Valérie Pécresse. « C’est une décision idéologique, à marche forcée, qui ne produira pas les résultats escomptés » a, à son tour, souligné au micro de Franceinfo début septembre, celui qui était le vice-président LR de la Région Île-de-France Othman Nasrou qui pointait une décision prise « sans aucune étude d’impact ni concertation ». Et l’ex-vice-président de la Région d’ajouter : « 80 % des usagers du périphérique sont des gens qui n’habitent pas Paris » et que « 40 % des trajets sur le périphérique n’entrent pas dans Paris ».
Quant au nouveau ministre des transports, François Durovray, s’est dit « pas convaincu » par la mesure. « Ce n’est pas une décision que la maire de Paris peut prendre seule » a-t-il ajouté.
Pierre Chasseray, le délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes a quant à lui qualifié la décision d’Anne Hidalgo de tout simplement « farfelue ». Il s’agit d’« une mesure de plus contre les automobilistes, l’objectif étant de scinder et marginaliser ceux qui sont en possession d’une voiture » dénonce-t-il.
En dépit des oppositions multiples, la maire de Paris s’est entêtée et le périphérique va passer progressivement et par tronçons successifs à 50 km/h.
En cas d’excès de vitesse sur une zone limitée à 50 km/h, un automobiliste s’expose à une amende de classe 4. Pour un excès de vitesse de moins de 20 km/h, l’amende s’élèvera à 135 euros, avec le retrait d’un point sur le permis de conduire. ■
80 % des usagers du périphérique n’habitent pas Paris et 40 % des trajets sur le périphérique n’entrent pas dans Paris.