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Electrons libres

Début septembre, après douze années de retard, l’EPR de Flamanville a enfin obtenu un feu vert. Il faudra cependant attendre la fin de l’automne pour voir le réacteur raccordé au réseau national.

Le moment est historique. Le lundi 2 septembre à 17 heures, EDF a reçu l’autorisation de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) de lancer l’opération de « divergence » de l’EPR de Flamanville. Une autorisation qui est intervenue après la réalisation du chargement du réacteur en mai dernier, et après que les équipes de l’EPR de Flamanville aient procédé à de nombreux essais techniques et « mis l’installation dans les conditions exigées permettant le lancement de la fission nucléaire ». Cette opération de divergence consiste donc à « établir une réaction nucléaire stable à très faible puissance » précise EDF. Une fois cette étape réalisée, le réacteur se situera à 0,2 % de sa puissance nominale. Moment historique mais surtout moment attendu depuis longtemps, très longtemps. Il aura fallu patienter dix-sept ans pour voir le réacteur nucléaire de troisième génération de type EPR de Flamanville (Manche) être enfin lancé avec douze années de retard sur le calendrier initial. Sans compter une explosion du budget passé de 3,3 milliards comme initialement affichés à 13,2 milliards d’euros.

Les dernières centrales à être entrées en service en France sont celles de Chooz (Ardennes), en 2000 et de Civaux (Vienne), en 2002.

Le 57ème réacteur nucléaire a connu de nombreuses vicissitudes techniques et financières. Installé sur le même site que les deux autres réacteurs déjà en production, les travaux de l’EPR ont été lancés en 2007. Le calendrier annonçait alors une mise en service en 2012. Mais il a fallu faire face à de nombreux aléas techniques comme des malfaçons, des erreurs de fabrication, des problèmes de soudure… L’accident de Fukushima est venu aussi ajouter de nouvelles règles strictes de sécurité à prendre en compte créant des retards aux retards. Et puis, la présidence de François Hollande souhaitant réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français n’a pas non plus facilité le développement de l’EPR un temps menacé d’arrêt définitif des travaux. N’oublions pas enfin les incessantes interventions des associations environnementales qui ont mené une véritable guérilla judiciaire pour faire stopper le projet. Rien n’y a fait. Bénéficiant d’un regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, l’EPR de troisième génération a fini par sortir de terre et obtenir le sésame de l’ASN pour être activé.

Pour l’EPR de Flamanville, la production d’électricité disponible est seulement annoncée pour la fin de l’automne. Pour être « couplé » au réseau national, le réacteur devra d’abord avoir atteint le quart de sa puissance nominale qui est de 1600 mégawatts. « Cette manœuvre, qui consiste donc à injecter l’électricité produite, devrait être réalisée à la fin de l’automne » a notamment indiqué Régis Clément, directeur adjoint de la division production nucléaire. Les essais se poursuivront ensuite tout au long de la montée en puissance du réacteur, qui se fera par paliers successifs pendant plusieurs mois. Une fois sa pleine puissance atteinte, l’EPR devra tourner pendant dix-huit mois avant d’être mis à l’arrêt pour une inspection sous toutes les coutures. Son couvercle sera alors changé préventivement comme l’a exigé l’ASN. Et si tout va bien, l’EPR de Flamanville pourra alimenter l’équivalent de trois millions de foyers.

Modèle unique en France, il existe trois autres réacteurs de ce type dans le monde deux à Taishan en Chine et un à Olkiluoto en Finlande. Et deux autres réacteurs sont en construction à Hinkley Point en Grande-Bretagne. Avec le retour d’expériences, EDF affine sa stratégie et sa façon de concevoir les choses. Pour les six prochains réacteurs envisagés, l’option choisie n’est d’ailleurs plus un EPR de ce type mais plutôt des réacteurs simplifiés (EPR 2). 

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