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Payer pour visiter une cathédrale ?

L’idée ne date pas d’hier mais elle revient sur le devant la scène avec la réouverture prochaine de la Cathédrale de Paris. La ministre de la Culture s’est déclarée favorable à un ticket d’entrée pour Notre-Dame de Paris.

En 2017, Stéphane Bern avait été chargé par le Chef de l’Etat de trouver des solutions pour financer la réhabilitation du patrimoine français menacé. Le présentateur télé avait alors émis l’idée de faire payer l’entrée des cathédrales. « On est le seul pays où leur accès est gratuit » ajoutait-il, assurant qu’une telle mesure permettrait la rénovation d’au moins quatorze sites patrimoniaux dégradés. Cette proposition lui avait alors valu une levée de boucliers.

Mais la question est à nouveau sur toutes les lèvres alors que se profile la réouverture de la cathédrale de Paris, le 8 décembre prochain, cinq ans après le terrible incendie qui a menacé de destruction Notre Dame. Pour l’heure, l’accès reste gratuit aux visiteurs a-t-il été promis. Pour toujours ? Rien n’est moins sûr. La France fait aujourd’hui figure d’exception. Dans de nombreux pays, l’accès aux monuments religieux d’importance est soumis à un droit d’entrée. C’est le cas en Espagne, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, au Canada. Le ticket d’entrée pour visiter l’abbaye de Westminster est de 24 euros. En Turquie, pour pénétrer à l’intérieur de l’ex-basilique byzantine Sainte-Sophie, on doit régler 25 euros… Payer pour visiter devient la règle, surtout lorsqu’il devient de plus en plus difficile de trouver des financements pour restaurer et entretenir un patrimoine largement dégradé et qui se trouve majoritairement dans des communes rurales de moins de 2000 habitants. Pour l’Etat, propriétaire des cathédrales, pouvoir piocher dans le portefeuille des quelques 13 millions de visiteurs annuels qui ont arpenté la cathédrale de Paris avant sa fermeture fait saliver. Il pourrait être demandé au moment de la réservation sur le site internet dédié, une petite obole (imposée) qui ne choquerait sans doute pas la majorité des touristes déjà habitués au principe. Dans un entretien au Figaro, la ministre de la Culture, Rachida Dati y est favorable. « J’ai proposé à l’archevêque de Paris une idée simple : mettre en place un tarif symbolique pour toutes les visites touristiques de Notre-Dame et consacrer totalement cet argent à un grand plan de sauvegarde du patrimoine religieux » explique-t-elle. « Avec 5 euros seulement par visiteur, on récolterait 75 millions d’euros par an. Ainsi, Notre-Dame de Paris sauverait toutes les églises de Paris et de France. Ce serait un magnifique symbole » poursuit la ministre enthousiaste. « C’est une proposition que je soutiens » a assuré sur France Inter, le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, Bruno Retailleau. Sauf que cela viendrait à l’encontre de la loi de 1905 font remarquer des observateurs avisés. L’article 17 de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État ne souffre aucune ambiguïté : « La visite des édifices et l’exposition des objets mobiliers classés seront publiques : elles ne pourront donner lieu à aucune taxe ni redevance ». A cette objection, Stéphane Bern répondait que l’achat d’un ticket ne concernerait que les visiteurs touristiques et pas les fidèles. Mais comment faire le distinguo ?

Pour le diocèse de Paris, une « séparation matérielle » entre deux catégories de visiteurs « priverait pèlerins et visiteurs de la communion entre tous, qui est l’essence même du lieu ». Par ailleurs cela serait « extrêmement complexe à mettre en place sur le plan pratique ». Il serait finalement « difficile de distinguer les visiteurs, les pèlerins et les fidèles » en raison de « l’exiguïté des lieux ».

« Nos cathédrales doivent rester des lieux de paix et de recueillement, accessibles à tous sans restriction. Plus que des monuments historiques, elles sont des sanctuaires vivants où chacun, croyant ou non, peut trouver silence et réconfort. Imposer un droit d’entrée reviendrait à transformer cette rencontre spirituelle en simple transaction commerciale, dénaturant ainsi leur vocation première : permettre à tous de rencontrer le divin… et peut-être inspirer le Claudel de demain ! » croit bon de rappeler le Père Olivier Scache, vice-recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris (Figaro magazine, 19 octobre). Pour financer le patrimoine et au-delà des dons et du mécénat, Didier Rykner, le Directeur de la rédaction du site La Tribune de l’art, miserait plutôt pour une légère augmentation de la taxe de séjour, plus faible en France que partout ailleurs en Europe ou sur la mise en place d’une taxe sur les mises de la Française des Jeux comme cela existe pour le sport. « Ces deux mesures rapporteraient environ 500 millions d’euros par an en se basant sur les hypothèses de 1 euro d’augmentation pour la taxe de séjour, et de 1,8 % pour la taxe sur les mises de La Française des jeux » écrit-il. 

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