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Prescription de médicaments : habitudes et attentes des patients

L’Assurance Maladie a demandé à l’Institut de sondage BVA d’enquêter sur les habitudes et les attentes des patients en matière de prescription*. Si, sur le sujet, les mentalités évoluent, la consommation ne baisse pas pour autant.

Lorsque l’on est malade, prendre un médicament demeure le premier réflexe, « une habitude bien ancrée » constate d’emblée BVA. En sortant de chez le médecin, un patient sur deux attend en priorité une prescription de médicaments et 4 Français sur 10 prennent des médicaments quotidiennement. L’enquête qui est allée regarder du côté des pays européens montre d’ailleurs que l’attente de médicaments est en comparaison plus forte en France : en Espagne et en Italie, 4 personnes interrogées sur 10 (contre 1 sur 2 en France) attendent un médicament à l’issue d’une consultation ; une proportion plus faible encore en Allemagne avec seulement 1 Allemand sur 3**.

Si l’on en croit le panel français, seule 1 consultation sur 5 n’aboutit pas à une prescription de médicaments, « un chiffre très nettement inférieur à celui observé dans les pays européens voisins, où il varie entre un tiers et près de la moitié des consultations sans prescriptions de médicaments ». « Les autres répondants, parmi les pays européens interrogés, semblent en revanche davantage en demande de conseils pour soulager les symptômes ou de pédagogie sur l’origine des symptômes » poursuit l’institut.

Il semblerait pourtant que sur le sujet, les Français seraient prêts à faire bouger les lignes, du moins lorsqu’on les interroge. Parmi les répondants, 9 sur 10 se satisferaient d’une consultation sans prescription, « avec une explication des motifs ». Ce sujet fait également largement consensus en Europe, où les personnes interrogées attendent de manière générale moins de médicaments à la suite de leur consultation. Selon le panel interrogé en France, « être rassurés quant au fait qu’ils n’ont pas besoin de médicaments ou recevoir des conseils pour aller mieux, inciterait davantage les patients à prendre moins de médicaments ». Parmi les patients français de plus de 65 ans, souvent les plus consommateurs de médicaments, cette acceptation est également très élevée : ils sont 91 % à se déclarer satisfaits d’avoir une ordonnance sans médicament.

Pour autant, si l’on interroge les médecins, ce qu’a fait l’institut auprès d’un panel de médecins libéraux installés en France (300 médecins généralistes interrogés du 11 au 30 juillet 2024), le discours n’est pas tout à fait le même. L’étude révèle qu’une majorité de médecins généralistes témoigne ressentir parfois une forme de pression de la part de leurs patients pour la prescription de médicaments (32 % des médecins la ressentent « souvent », et 50 % « parfois »).

Selon ces mêmes médecins, les patients les plus enclins à ce type de pression sont surtout les actifs, voulant reprendre leur activité au plus vite (selon 54 % des médecins interrogés), les patients ayant entrepris des recherches sur Internet avant la consultation (52 %), et les parents inquiets de l’état de santé de leurs enfants (48 %).

Ceci dit, lorsqu’ils proposent à leurs patients de changer ou d’arrêter certains de leurs médicaments habituels, les médecins généralistes interrogés considèrent avoir des réactions favorables dans 7 cas sur 10.

L’étude souligne enfin que les médecins généralistes estiment, pour la quasi-totalité d’entre eux (98 %), que l’on consomme trop de médicaments en France ; et 96 % d’entre eux s’accordent à dire que le bon traitement n’est pas forcément un médicament. 95 % des médecins généralistes interrogés dans cette enquête se disent prêts à prescrire moins de médicaments. 


*Etude BVA sur l’usage des médicaments en France et en Europe, réalisée en septembre 2024 auprès de 2000 personnes âgées de 18 ans et plus.

**1 000 personnes ont été interrogées dans cette étude pour chacun des cinq pays suivants : l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni


Toujours plus (trop) de médicaments
Chaque année ce sont 660 millions de tonnes de boîtes de médicaments qui sont vendues en France.
En moyenne, 41 boîtes de médicaments sont consommées par an et par assuré. Cette moyenne cache d’importantes disparités en fonction de l’âge et du sexe : 15 à 20 boîtes par an pour les moins de 18 ans, 40 à 50 boîtes par an pour les adultes (44-64 ans) et jusqu’à 75 boîtes par an pour les seniors (64-79 ans).
En France, le Doliprane (antidouleur) est en tête des ventes avec 330 millions de boîtes écoulées en 2023, soit pas moins de 36 millions de « consommateurs » Français (75 % des prescriptions de paracétamol). Il est suivi par son concurrent direct, le Dafalgan (71,6 millions de boîtes) puis vient le Levothyrox (hypothyroïdie), 31,6 millions de boîtes.
En 2023, les dépenses remboursées nettes de médicaments par l’Assurance Maladie s’élèvent à 25,5 Mdse (410 euros en moyenne par Français), un montant en croissance. En lien avec le vieillissement de la population et le coût des traitements innovants, cette croissance est portée principalement par l’innovation thérapeutique et les médicaments récents et onéreux. Le niveau de prise en charge moyen des médicaments par l’Assurance Maladie est en progression constante, et atteint en 2023 un taux de près de 91 %.

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