François Bayrou ne change pas. Devant les députés le Premier ministre a remis sur la table une proposition déjà émise lorsqu’il avait été, en 2017, un éphémère Garde des Sceaux, celle de créer une « Banque de la démocratie ». L’objectif d’une telle proposition est de donner la possibilité aux partis politiques de se financer auprès d’organismes publics et pas seulement privés, parce que selon lui « l’argent ne doit pas diriger les consciences et ne doit pas prendre le pas sur la libre volonté des citoyens ». Face à un hémicycle agité, le Premier ministre a expliqué vouloir la création de la banque de la démocratie « pour que le financement des partis politiques et des campagnes ne dépende plus de choix de banques privées mais d’organismes publics, placés sous le contrôle du Parlement. Pour que ce financement échappe à des financements privés, ou étrangers ». En 2017, François Bayrou avait imaginé cet organisme public adossé à la Caisse des dépôts et consignations. Cette « banque » aurait alors permis aux candidats de financer leur campagne sans passer par des établissements privés « de manière que l’indépendance des formations politiques soit garantie ». Les montants des prêts aurait été fixé en fonction des sondages. Si « les intentions de vote » en faveur d’un parti suffisent, « le prêt va de soi » avait alors déclaré le ministre de la Justice de l’époque. Aux yeux de François Bayrou, cette banque de la démocratie pourrait à l’avenir sans doute éviter ce que l’on a connu avec les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy invalidés par le Conseil constitutionnel en 2013 ou les difficultés d’emprunter de Marine Le Pen pour sa campagne de 2022 et qui avait été obligée de se tourner vers une banque hongroise. En 2014, la présidente du RN avait aussi contracté un prêt auprès d’une banque russe. Mais en 2017, la mesure de François Bayrou avait été retoquée par le Conseil d’Etat qui trouvait la mesure notamment trop complexe à mettre en œuvre administrativement et juridiquement. Il avait été finalement décidé de créer a minima un « médiateur du crédit » chargé d’aider à trouver des financements aux candidats en souffrance. En 2021, Yaël Braun-Pivet relançait l’idée de banque de la démocratie. « C’est anormal que les banques soient décisionnaires de l’ampleur d’une campagne, voire de la présence même d’un candidat » expliquait-elle alors.
Dans un autre temps de son discours consacré à « La démocratie : le pluralisme », François Bayrou a rappelé combien « faire un seul peuple, c’est reconnaître que le pluralisme est légitime ». Il est alors revenu sur un autre de ses dadas : la proportionnelle. On se souvient qu’en 1986, l’introduction de la proportionnelle lui avait permis d’entrer au palais Bourbon. A la tribune, entre verre d’eau renversé et feuilles du discours mélangées, le Premier ministre a proposé d’avancer « sur la réforme du mode de scrutin législatif », avec « un principe de proportionnelle ». « Le pluralisme suppose que chacun trouve une place au sein de la représentation nationale, à proportion des votes qu’il a reçus. C’est la seule règle qui permette à chacun d’être lui-même, authentiquement, sans s’engoncer dans des alliances insincères » a-t-il justifié. Sous les cris et manifestations hostiles sur les bancs de la gauche, François Bayrou a continué en estimant que cette mesure devra « être enracinée dans les territoires ». A droite aussi, l’hostilité est largement de mise. Laurent Wauquiez a ainsi déclaré qu’il s’opposerait à une telle mesure expliquant que la proportionnelle « est la garantie que le désordre politique exceptionnel que nous connaissons aujourd’hui deviendra la règle ». Usant de sa position, le Premier ministre a encore jugé que cette réforme, « probablement », « nous obligera à reposer en même temps la question de l’exercice simultané d’une responsabilité locale et nationale ». Une proposition qui a vivement fait réagir une partie des élus de gauche, plus de dix ans après la suppression du cumul des mandats lors de la présidence de François Hollande.
Reste que pour François Bayrou ces pistes de réforme ont pour unique objectif, celui de « réconcilier les Français avec l’État et leurs élus » même s’il n’a pas vraiment expliqué comment il comptait mettre en œuvre ses propositions. Et puis, cela suffira-t-il dans un contexte politique et parlementaire agité et des Français qui ne semblent plus croire en rien ni personne. ■