Le résultat du référendum néerlandais sur le traité d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne aura des conséquences à court et à moyen terme sur le futur de l’UE, mais aussi sur les démocraties nationales.
S’il semble anodin, car uniquement consultatif, nul doute que les conséquences psychologiques de ce référendum sur le reste du continent se feront sentir.
Le 6 avril dernier, les Néerlandais ont voté à 61,1 % contre l’accord concerné. Ils avaient voté à 62 % contre le traité constitutionnel européen en 2005. Avec un taux de participation de 32,2 %, le vote a bien failli ne pas être validé. D’ailleurs, tout a été fait en ce sens, la forte réduction des bureaux de vote en zone rurale n’étant qu’un exemple parmi d’autres.
La presse européenne ne s’est pas intéressée à cette campagne, mais il est impossible d’ignorer ce résultat, tout particulièrement outre-Manche. Dès la semaine suivant le vote, les gouvernants européens sont allés exprimer leur inquiétude auprès de Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, le suppliant de ne pas débattre du référendum avant le 23 juin prochain, de peur d’influencer le vote des Britanniques. Un porte-parole de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a déclaré que “L’on pourrait penser que l’on ignore l’électorat néerlandais alors que nous ne faisons que tenir parole vis-à-vis de l’Ukraine”. À la session parlementaire de Strasbourg du 11 avril, le drapeau européen était en berne et les députés européistes écoutaient, la mine consternée, les discours euro-réalistes. Au-delà de la mise en scène, Francois Hollande et Angela Merkel ont tous deux déclaré que Bruxelles ne tiendrait pas compte du "non" néerlandais.
Les élites sont déconnectées des attentes populaires, et quand le peuple manifeste clairement sa volonté, elles passent outre sans sourciller. À titre d’exemple, la suppression des visas pour l’Ukraine garantira très prochainement l’accès à la zone Schenghen pour 45 millions de personnes supplémentaires, et ce en dépit du vote néerlandais.
L’Union donne le sentiment de ne pas bouger, d’être une hydre bureaucratique handicapée par la discordance entre les pays-membres. Mais en réalité, elle s’emploie discrètement à réaliser des desseins désavoués par l’ensemble des peuples d’Europe.
Ainsi, les négociations du TAFTA vont bon train, en dépit de la défiance unanimement exprimée sur le continent. Ainsi, l’Union a entériné des accords fort coûteux avec la Turquie, aux frais du contribuable. Elle se rapproche toujours plus d’un pays dont il est admis qu’il a collaboré avec l’État islamique. L’agence Frontex ayant reconnu que l’EI a utilisé les flux migratoires massifs pour infiltrer ses djihadistes en Europe, principalement depuis la Turquie, le bienfondé de cette politique est à remettre en cause. Enfin, la crise de la zone euro est toujours d’actualité. Les difficultés nées du choc de 2008 n’ont pas été surmontées. Les gouvernements mondiaux ont acheté du temps avec de la dette. Un nouveau séisme s’annonce, et les pays de la zone euro, donc les plus faibles structurellement, seront les plus exposés.
Si le vote néerlandais n’infléchit en rien la politique européenne, l’effet sur l’électorat sera destructeur. Le vote en lui-même sera considéré comme inutile et l’abstention sera de plus en plus forte. Et si les initiatives populaires sont avortées par les politiques, on ne pourra qu’admettre que notre système est anti-démocratique.
L’adhésion populaire à l’Union européenne maigrit à mesure que les yeux s’ouvrent sur ce qu’elle est, et sur ce qu’elle fait. Dès lors, si les partis qui ont édifié cette Europe-là souhaitent survivre au réveil populaire, ils sont tenus de prendre en compte ces doléances et de remettre le citoyen au centre des décisions. Mais ils n’en prennent pas le chemin.
Au Royaume-Uni, David Cameron a orchestré la rédaction et la distribution de tracts pro-Bruxelles à hauteur de onze millions d’euros, déclenchant la colère générale. En France, la soi-disante modernisation de l’élection présidentielle vise à évincer les alernatives au bipartisme, frustrant davantage un électorat déjà excédé par son monopole.
On ne peut pas attribuer à Bruxelles la totalité des torts faits à la démocratie. En revanche, les institutions européennes mettent en perspective une généralisation de l’anti-démocratisme au niveau européen, créant involontairement une vraie solidarité pan-européenne. Ironiquement, l’euro-scepticisme a permis de faire ce que le projet européen était censé faire, à savoir, créer un début de cohésion entre les peuples.
Les gens ne se réunissent pas derrière les thuriféraires de l’Union et leur drapeau bleu étoilé, mais derrière une autre conception, celle d’une Europe qui écoute ses peuples, qui respecte ses différences, et qui ne courbe pas l’échine devant Washington ou les lobbies financiers et industriels.
Les Pays-Bas vont d’ailleurs organiser une nouvelle initiative populaire visant à imposer un référendum sur le TAFTA. Le traité transatlantique est vécu comme une ultime trahison de nos dirigeants en faveur du big business, et il fédère les peuples européens contre lui. Peut-être est-ce par l’union des Européens que sonnera le glas de l’Union Européenne ? ■