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Brexit : des entreprises pas pressées de partir

Selon une étude du cabinet EY, seuls 14 % des investisseurs présents au Royaume-Uni envisagent de quitter Londres. Bien loin de l’hémorragie annoncée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 86 % des investisseurs étrangers fortement implantés au Royaume-Uni déclarent ne rien vouloir changer à cette situation et disent même vouloir rester à Londres en dépit du Brexit. C’est le résultat d’une enquête menée par le cabinet EY sur les conséquences de la sortie annoncée du Royaume-Uni du Marché Unique sur l’investissement étranger en Europe. L’étude réalisée en novembre dernier à la veille du déclenchement de l’article 50 et de deux années de négociation complexes a permis d’interroger un panel représentatif de dirigeants internationaux dont les investissements sont majoritairement réalisés en Europe. Ces 254 investisseurs étrangers issus d’entreprises de toutes tailles (start-up, PME, multinationales) et de tous secteurs d’activité (banque, industrie et services non financiers) ont été interrogés sur leur perception et leurs intentions post Brexit : « Comment jugent-ils le Brexit ? Quelles sont les implications sur leurs décisions de localisation et sur leurs activités en général ? Comment s’y préparent-ils ? » Des questions basées sur une hypothèse d’un Brexit « dur » et ce avant même l’annonce de l’option choisie par Theresa May.

Les investisseurs déclarent à 56 % vouloir continuer à investir en Europe dans les trois ans, ils sont, parmi ceux à avoir déjà une forte présence au Royaume-Uni, à annoncer qu’ils resteront à y rester. Seuls 14 % de ces investisseurs présents en Europe et au Royaume-Uni envisagent de modifier sensiblement tout ou partie de leurs implantations européennes, soit une entreprise sur sept. « Envisagent » ? Rien n’indique donc que leur choix soit définitivement arrêté. Ce à quoi, on peut toutefois rétorquer qu’HSBC a d’ores-et-déjà indiqué qu’elle envisageait de déplacer 1000 emplois à Paris tandis que Barclays réflchissait à déplacer son siège à Dublin.

Si la sortie annoncée du Marché Unique est une préoccupation forte pour les investisseurs étrangers, elle n’est pas la première de leurs inquiétudes. Elle n’occupe que la 3ème position avec 28 % derrière la volatilité du contexte financier (37 %) et l’instabilité politique ou économique en Europe (32 %). Les dirigeants se montrent visiblement plus inquiets de la crise migratoire et des élections à venir dans plusieurs pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas) que du Brexit à proprement parlé.

S’il devait y avoir transfert d’activités en Europe, les investisseurs étrangers envisageraient comme solution de repli d’abord l’Allemagne (54 %), les Pays-Bas (33 %) et loin derrière la France, l’Italie et l’Espagne (8 %). Toutefois, si Londres reste aux yeux de ces dirigeants la ville la plus attractive économiquement avec 54 % des répondants, Paris arrive juste derrière (48 %). Elle est ensuite suivie par Francfort (21 %), Berlin (21 %) et Madrid (11 %).

L’étude montre encore que le Brexit aura selon les réponses données un impact plus significatif sur les entreprises du secteur des services financiers, des hautes technologies et les entreprises de taille intermédiaire. Enfin, si 71 % des investisseurs étrangers estiment que leur entreprise sera exposée au Brexit, seulement 4 % d’entre eux ont déjà préparé un plan pour en anticiper ou en résoudre les conséquences. « Au-delà du Brexit, les dirigeants internationaux doivent se préparer à une montée du protectionnisme économique et politique au niveau mondial et des conséquences sur leurs implantations, la mobilité des talents, la dynamique scientifique ou technologique, et in fine l’attractivité de l’Europe toute entière. » commente Marc Lhermitte, Associé EY. 

 

• 86 % des dirigeants entendent rester au Royaume-Uni

Le Brexit
• 3ème préoccupation des investisseurs étrangers
L’Allemagne premier choix en cas de relocalisation (54 %)
Londres (54 %) première ville attractive pour investir devant Paris (48 %) et Francfort (21 %)
Les entreprises du secteur des services financiers, des hautes technologies et les entreprises de taille intermédiaire sont les secteurs les plus exposés aux conséquences du Brexit

 

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