Olivier Sarlat, vous avez été élu récemment à la tête d’Aqua-Valley, pouvez-vous nous présenter cette association ?
Aqua-Valley est le pôle de compétitivité de la filière eau dans la moitié sud de la France. Il rassemble des acteurs de l’eau des régions Occitanie et Sud. Il compte 248 membres qui sont aussi bien des entreprises, de toutes tailles, des universités et des associations. Nos objectifs sont de mettre le monde académique et le monde de l’entreprise en synergie pour créer des innovations qui adressent le marché, de donner les conditions à nos adhérents pour se développer en France et à l’international et d’orienter les contenus des formations et les compétences aux métiers de demain.
Vous décrivez souvent le sud de la France comme un laboratoire sur les problématiques de l’eau. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?
Le sud de la France, et particulièrement le pourtour méditerranéen, est marqué de longue date par des évènements extrêmes : des périodes d’intenses sécheresses et des pluies violentes, les orages cévenols. Or, le changement climatique va rendre ces épisodes plus fréquents.
La plupart des cours d’eau de France sont déjà confrontés à des baisses de débit qui vont encore s’accroître. Le bassin Adour-Garonne, par exemple, pourrait connaître un déficit entre les ressources en eau et les usages de l’ordre de 1,2 milliards de m3 en 2050. Et dans un département comme les Pyrénées-Orientales, la situation est déjà critique.
Justement, le Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, est récemment venu dans les Pyrénées-Orientales présenter un plan de résilience pour l’eau dans ce département. Comment jugez-vous cette initiative ?
Elle témoigne d’une vraie prise de conscience du problème par les autorités. Depuis deux saisons, le régime pluviométrique en période de recharge dans le département est inférieur à 250 mm. Les conséquences sont déjà importantes : recul du couvert végétal, aridification des sols, baisse du niveau des eaux souterraines et de surface. Surtout, au-delà du constat, cette visite a été l’occasion d’annonces de projets qui visent à répondre au défi qui se pose dans les Pyrénées-Orientales, sur la gestion de la ressource en eau. Par exemple en lançant des études sur l’extension du réseau hydraulique régional, exploité par la société BRL. Ce réseau prélève de l’eau dans le Rhône pour alimenter des départements en tension comme le Gard, l’Hérault ou l’Aude. Un prolongement de ce réseau vers les Pyrénées-Orientales va donc être étudié. Le ministre a également annoncé le financement d’un projet de rénovation des réseaux d’eau potable sur Ille-sur-Têt. C’est un axe important car la vétusté des réseaux entraîne la perte d’un milliard de mètres cube d’eau en France.
Le ministre a également annoncé des facilités règlementaires pour des projets de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). C’est un sujet que vous portez aussi au niveau d’Aqua-Valley ?
Absolument. Si les eaux de REUT sont impropres à la consommation elles peuvent toutefois être utiles pour de l’irrigation mais aussi pour recharger des nappes souterraines comme le fait la Generalitat de Catalunya à Barcelone. L’annonce faite par le ministre est bienvenue car malheureusement notre pays a pris un important retard dans le déploiement de solutions à base de REUT. Nous ne recyclons en France qu’environ 1 % de nos eaux usées quand nos voisins italien et espagnol sont respectivement à 8 % et 14 %. Il est normal de bien évaluer les impacts environnementaux et sanitaires, mais face à l’urgence il nous faut aller plus vite.
Peut-on rester optimiste face à la situation qui se profile ?
Bien sûr, car ce que nous voyons au niveau d’Aqua-Valley c’est que des hommes et des femmes, dans des centres de recherche ou des entreprises, se mobilisent pour trouver des solutions. Des collectivités locales et des associations sensibilisent les populations aux usages de l’eau. Les énergies sont là, il faut les mobiliser, c’est tout le sens de la mission d’Aqua-Valley. Et nous sommes évidemment ouverts à tous ceux qui souhaiteraient nous rejoindre pour faire face à ces défis. ■
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