Il demeure encore des doutes sur l’intérêt de la vaccination en dépit des succès indéniables remportés contre les maladies infectieuses. Ce problème a été récemment l’objet de plusieurs rapports de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques. L’objectif de ce livre était de chercher si certaines hésitations vaccinales ne trouvaient pas leurs origines dans la science même des vaccins, ses transformations, et la manière dont ses résultats sont communiqués. Nous avons parcouru l’histoire de la vaccination en pointant les différentes oppositions auxquelles elle s’est heurtée.
Biologie : il reste tant à découvrir
Une première conclusion a été que les difficultés viennent de la connaissance encore imparfaite du système immunitaire. Les recherches récentes ont révélé la complexité extraordinaire de cet ensemble de cellules qui nous protège contre les maladies infectieuses, et que la vaccination a pour but de stimuler spécifiquement. La mise en évidence du rôle du microbiote intestinal dans l’immunité et dans l’efficacité des vaccins a encore étendu le champ de notre ignorance : on comprend mieux pourquoi l’efficacité d’un vaccin et la nature des effets indésirables sont si difficiles à prévoir.
Une science qui ne parle pas
Une seconde conclusion est que les doutes viennent aussi de l’oubli que la science doit fournir des explications et rendre ainsi le monde qui nous entoure moins mystérieux. On a cherché à convaincre de l’utilité des vaccins par des statistiques, beaucoup moins par l’explication des succès, mais aussi des rares effets indésirables. Or les statistiques ne convainquent pas au contraire de bonnes explications. Mais expliquer est difficile et demande du temps, dont ne disposent ni les chercheurs pressés par la compétition, ni les médecins surchargés de travail. Les médias ont aussi beaucoup de mal, face à l’ignorance générale, à communiquer sur ces questions.
Nos politiques doivent rencontrer et soutenir concrètement nos chercheurs
Il revient aux femmes et hommes politiques de libérer du temps pour un dialogue entre chercheurs, médecins et patients, de soutenir la recherche fondamentale seule à-même d’accroître les connaissances nécessaires aux explications, et d’agir pour faire disparaître la méfiance, malheureusement parfois fondée, vis-à-vis des firmes pharmaceutiques qui fabriquent les vaccins. ■
*Il a dirigé le Centre Cavaillès d’histoire et de philosophie des sciences de l’Ecole normale supérieure. Vient de publier chez Belin éducation : Contre les vaccins ? La mécanique des doutes sur la vaccination - 163 pages
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