“Félicitations à la Moldavie et à l’Ukraine” s’est exclamée la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen à l’annonce de l’ouverture formelle des négociations d’adhésion à l’Union européenne de l’Ukraine et de la Moldavie engagée le 25 juin dernier. « Ensemble, nous pouvons construire une Europe plus forte et plus unie, où chaque nation a l’opportunité de s’épanouir en paix et dans la prospérité » s’est empressé d’ajouter le président du Conseil européen, Charles Michel. Ukraine et Moldavie avaient déposé leur demande d’adhésion à l’Union européenne en février 2022, au lendemain du conflit avec la Russie.
Premier intéressé, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué une « journée historique ». « Nous ne nous laisserons jamais détourner de notre chemin vers une Europe unie, vers notre maison commune de toutes les nations européennes. Une maison qui doit être pacifique ! » a-t-il souligné mettant un instant de côté ses inquiétudes après les difficultés rencontrées sur le terrain militaire avec notamment des livraisons d’armes et de munitions arrivant au compte-gouttes.
Ce processus de négociation n’est pourtant qu’une première étape sur un long chemin qui ne fait que commencer avant de voir les espoirs de la Moldavie et de l’Ukraine entérinés… ou pas. Plusieurs années seront nécessaires pour aller au bout du processus.
Si les pays de l’UE se sont félicités de ce chapitre ouvert, tous ne sont pourtant pas ravis. La Hongrie qui devait prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE le 1er juillet y était opposée et cherchait par tous les moyens à empêcher l’ouverture des négociations avec Kiev surtout. Viktor Urban avait peu de jours auparavant émis quelques réserves et pointé un « deux poids deux mesures » entre l’Ukraine et la Moldavie, d’un côté ; et les pays des Balkans occidentaux, de l’autre. « Il est honteux et inacceptable que ces pays attendent depuis plus de 15 ans pour adhérer » a-t-il fait remarquer lors d’une conférence de presse conjointe avec l’Italienne Giorgia Meloni. Lors du sommet de décembre 2023 qui avait vu les pays européens s’accorder sur l’ouverture des négociations d’adhésion, le premier ministre hongrois s’était absenté de la pièce au moment du vote. Pour les partisans de l’adhésion, il fallait donc aller vite et profiter des derniers jours de la présidence belge. « Le processus d’élargissement est un investissement géostratégique dans la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité » a justifié Hadja Lahbib, ministre belge des Affaires européennes en charge du dossier. Mais « soyons justes et honnêtes : la route sera longue et elle ne sera pas toujours facile. Mais avec une détermination inébranlable, nous sommes convaincus que l’Ukraine peut y arriver » a-t-elle bien pris soin d’ajouter.
Pour la Moldavie et l’Ukraine, le plus dur reste à faire. Les instances européennes vont procéder au « screening » (passage en revue) de toutes les législations des deux pays pour s’assurer de leur conformité avec les standards européens. Cette étape pourrait durer un à deux ans. Ce ne sont pas moins de 35 chapitres de négociation (État de droit, lutte contre la corruption, énergie, agriculture…) et autant de sous-chapitres qui vont être passés au crible des négociateurs et sur lesquels la Moldavie et l’Ukraine devront s’aligner et faire les correctifs nécessaires avant un vote formel et à l’unanimité des 27 Etats membres. « Il faudra au moins une décennie pour que l’Ukraine et la Moldavie rejoignent l’UE. Ce qui n’interdira pas une adhésion graduelle au fur et à mesure que progresseront les négociations », estime Sébastien Maillard, conseiller spécial au Centre Grande Europe sur l’élargissement, de l’Institut Jacques Delors interrogé par Le Figaro.
L’adhésion de l’Ukraine va aussi et bien évidemment dépendre de l’évolution de la guerre. Il y a peu de chance que l’UE accepte en son sein un pays en guerre.
Les dernières demandes d’adhésion ont pris en moyenne dix ans. La Hongrie et la Pologne ont fait une demande d’adhésion en 1994 et ont été reçus en 2014. Quant à la Serbie qui a fait acte de candidature en 2010 et qui a vu le Conseil européen lui accorde le statut de candidat officiel en 2012 n’est toujours pas membre de l’Union européenne. ■