Dans un contexte géopolitique durci « qui attise les convoitises pour la maîtrise des technologies les plus discriminantes du milieu naval », les entreprises françaises exposantes sont loin d’être à l’abri de telles menaces a insisté le patron du contre-espionnage de la défense. Préférant prévenir que guérir, dans une note qui leur était adressée, le général leur rappelle que « ces atteintes peuvent directement porter préjudice à vos intérêts économiques, commerciaux et technologiques ainsi qu’à ceux de vos partenaires industriels. Elles engendrent également des effets sur les capacités de nos forces à assurer leurs missions en mer et à garantir notre supériorité dans le combat naval ».
La lettre d’information économique de la DRSD liste alors les principaux risques (Atteinte réputationnelle, cyber (ex. rançongiciel), espionnage, vols de données ou de matériels, terrorisme/sabotage/subversion) et les principales conséquences (Perte de données, débauchages, perte de savoir-faire, perte d’avantages technologiques, perte de confiance, perte de marchés).
A l’occasion du salon Euronaval, pour prévenir toute intention malveillante, la DRSD demande aux exposants de se poser deux petites questions préalables : quels sont les risques pesant sur mon dispositif déployé lors de ce salon ? (ex. captation de savoir-faire, sabotage, tentative de débauchage d’un expert, etc.). Et comment puis-je réduire ces risques pour les rendre acceptables ? (ex. sensibiliser mes collaborateurs, intensifier la vigilance lors des visites de délégations étrangères, etc.)
Pour être encore plus éclairant, le service de contre-espionnage a tenu à remettre en mémoire plusieurs cas concrets d’ingérence constatés lors du dernier salon Euronaval en 2022. Le premier est celui de deux « experts » chinois passant sur le stand d’une entreprise française participant à des programmes européens dédiés à l’optronique navale qui posaient des questions très intrusives sur les modèles innovants exposés par l’entreprise. Echaudée par le vol d’un prototype par le passé, l’entreprise avait alors sollicité la DRSD pour sensibiliser ses salariés face à ce type de menaces. Bien lui en a pris puisqu’elle a pu réagir en conséquence en mettant fin à l’entretien et ainsi permettre la mise sous surveillance des deux Chinois qui n’en étaient pas à leur coup d’essai. L’autre exemple a concerné le vol dans le coffre de sa chambre d’hôtel de son ordinateur portable, de son téléphone et du badge d’accès d’un spécialiste des drones navals après avoir été approché par des Russes qui l’avaient invité, tous frais payés à un dîner. Pour la DRSD, « cette négligence a pu faciliter la captation de savoir-faire et l’intrusion de personnes malveillantes sur le site industriel ». Autre cas concret d’ingérence : le vol de données via un réseau wifi détourné dont a été victime le dirigeant d’une entreprise spécialisée dans les soudures navales. L’homme qui avait choisi de séjourner dans un hôtel proche du parc des expositions accueillant le salon s’était vu remettre un code wifi par l’hôtel. Après avoir consulté la presse en ligne, son ordinateur, comme celui d’autres clients de l’hôtel, a été piraté par des cyber attaquants étrangers, avec les conséquences que l’on peut imaginer.
En résumé, la direction du Renseignement et de la Sécurité de la Défense appelle à la prudence et à la veille face à des opérateurs étrangers toujours plus actifs.
Signalons d’ailleurs que lorsque vous allez sur le site internet du salon Euronaval et préalablement à votre possible visite vous êtes immédiatement prévenu que les photographies et les films sont strictement soumis à l’autorisation préalable des exposants. « Le non-respect de ce point du règlement entrainera le retrait du badge et l’exclusion de la personne concernée ». Voilà qui est dit. ■
Atlas secret du renseignement – Bruno Fuligni - Préface d’Alain Bauer – Grund – 348 pages
Pas une réédition mais bien une nouvelle édition enrichie. « C’est un atlas vivant » insiste Bruno Fuligni venu présenter son « Atlas secret du renseignement » dans les décors du « Bureau des Légendes » qui vous plongent le temps d’un escape game dans l’ambiance de la DGSE. Dans ce bel ouvrage très illustré on y retrouve tout ce qui a déjà fait son succès et qui intéresse aussi bien les profanes que les professionnels du secteur : la présentation des SR, du plus petit mais costaud SDEP à la CIA et au FSB, la description de missions secrètes, les grands enjeux, les biographies d’espions et espionnes célèbres, et surtout une riche cartographie précise mais accessible… Dans cette nouvelle édition, l’auteur met également l’accent sur un certain nombre de « points d’alerte » mais aussi de petits territoires « où il se passe des choses ». Parce qu’il est important « d’être éveillés et conscients » de ce qui se trame dans le monde, « on ne peut plus ignorer les services de renseignement » conclut l’agent de liaison Bruno Fuligni. Un ouvrage utile à mettre entre toutes les mains.