C’est en homme « libre » que Bruno Le Maire qui a passé 7 ans à Bercy est venu défendre son bilan et sa personne le 7 novembre dernier. L’ancien ministre devenu professeur d’économie en Suisse a souhaité visiblement remettre les pendules à l’heure et donner aux sénateurs « sa vérité » après des « mois » « d’attaques » et de « mensonges ».
Et sans attendre, la défense de celui qui fort de « sa liberté d’expression » retrouvée commence alors par une attaque. « Quand on me dit que le déficit en 2024 sera à 6,1 %, c’est le choix du gouvernement actuel » a lancé Bruno Le Maire. « Si toutes les mesures que nous avions préparées avec Thomas Cazenave (l’ex-ministre des Comptes publics) au mois de juin et de juillet avaient été mises en œuvre sans délai par le nouveau gouvernement, couplé aux mesures de recettes sur les rentes énergétiques et sur les rachats d’actions avec effet rétroactif, elles auraient permis de contenir le déficit pour 2024 à 5,5 % sans augmentation d’impôts » a -t-il ensuite énoncé sans sourciller. Cette « grande dérive des finances publiques » qui plonge le pays dans une « situation grave », « ce n’est plus une ’tempête parfaite, exceptionnelle’, c’est plutôt un ouragan de longue durée » a sévèrement rappelé Jean-François Husson reprenant les propos de Bruno Le Maire au printemps dernier devant cette même commission. Et le sénateur d’enfoncer le clou : « Vous avez dit “le désendettement de la France, pendant sept ans, a été mon obsession”. Heureusement que vous le dites, parce que les faits malheureusement vous contredisent lourdement ». Pour rappel : en 2023, le déficit public était prévu à 4,4 % puis 5,1 % au printemps et enfin réévalué 6,1 % par le gouvernement Barnier. Dire que ce n’est que la faute du nouveau gouvernement, « c’est méprisant car tout ça n’est que la résultante de ce qui n’a pas été fait auparavant » [… ] Il part le 21 septembre et dès le 22 septembre, c’est la faute de ceux qui vont arriver. « C’est une triste plaisanterie » s’est agacé Jean-François Husson.
Pour autant, Bruno Le Maire n’a eu de cesse de marteler que le dérapage des finances publiques tenait aussi au « caractère exceptionnel » de la conjoncture et notamment à une « perte de recettes brutales ». « Il n’y a eu ni faute, ni dissimulation, ni volonté de tromperie. Il y a eu fondamentalement une grave erreur technique d’évaluation des recettes » a indiqué celui, qui, magnanime, veut toutefois bien « prendre [sa] part de responsabilité » dans le dérapage du déficit en tant que « chef de cette administration des Finances » même s’il, a-t-il insisté, il y a une « totale étanchéité » entre les services de Bercy qui calculent les prévisions de recettes et le cabinet du ministre « afin d’éviter un risque de manipulation ». Mais dans l’affaire, on a bien compris, Bruno Le Maire, n’est pas seul. « Le ministre des Finances ne décide pas de tout, tout seul dans son bureau de Bercy » a-t-il expliqué rappelant que dans certains débats budgétaires la décision était collégiale. Il reconnaît même avoir perdu « plusieurs arbitrages » comme celui sur sa volonté de présenter une loi de finances rectificative avec des « mesures nouvelles » qui aurait sans aucun doute permis de renverser la vapeur. Mais alors que certains élus de la commission des finances cherchaient à impliquer le chef de l’Etat, Bruno Le Maire s’est raidi. « Ne comptez pas sur moi pour me désolidariser de qui que ce soit des hommes et des femmes avec lesquels j’ai travaillé depuis sept ans ». L’ex-ministre a également souligné qu’il n’avait « pas de désaccord de fond avec le président de la République », avec qui il a « partagé les mêmes objectifs de politique économique : la croissance, le plein-emploi, le retour sous les 3 % de déficit ».
Bruno Le Maire a aussi voulu rappeler les crises du covid et de l’inflation et le soutien apporté aux ménages et aux entreprises. « Pendant les deux crises, nous avons protégé massivement et efficacement les Français, (…) qui peut s’en plaindre ? » insiste l’ancien ministre qui assure avoir par ailleurs « résisté » aux demandes de parlementaires de tous bords réclamant 400 milliards de dépenses supplémentaires. « Je pense sincèrement avoir pris toutes les décisions nécessaires, même les plus impopulaires » a fini par conclure le professeur d’économie avant d’ajouter : « Je ne voudrais pas que six mois effacent sept ans de travail collectif ». ■